une photo, un clin d'oeil eternel

Je photographie, donc j'existe.

28 février 2008

Les mendiants

mendiant
© PhotoAyour

Les jours d'hiver quand le froid serre
Le bourg, le clos, le bois, la fange,
Poteaux de haine et de misère,
Par l'infini de la campagne,
Les mendiants ont l'air de fous.

Dans le matin, lourds de leur nuit,
Ils s'enfoncent au creux des routes,
Avec leur pain trempé de pluie
Et leur chapeau comme la suie
Et leurs grands dos comme des voûtes
Et leurs pas lents rythmant l'ennui ;
Midi les arrête dans les fossés
Pour leur repas ou leur sieste ;
On les dirait immensément lassés
Et résignés aux mêmes gestes ;
Pourtant, au seuil des fermes solitaires,
Ils surgissent, parfois, tels des filous,
Le soir, dans la brusque lumière
D'une porte ouverte tout à coup.

Les mendiants ont l'air de fous.
Ils s'avancent, par l'âpreté
Et la stérilité du paysage,
Qu'ils reflètent, au fond des yeux
Tristes de leur visage ;
Avec leurs hardes et leurs loques
Et leur marche qui les disloque,
L'été, parmi les champs nouveaux,
Ils épouvantent les oiseaux ;
Et maintenant que Décembre sur les bruyères
S'acharne et mord
Et gèle, au fond des bières,
Les morts,
Un à un, ils s'immobilisent
Sur des chemins d'église,
Mornes, têtus et droits,
Les mendiants, comme des croix.

Avec leur dos comme un fardeau
Et leur chapeau comme la suie,
Ils habitent les carrefours
Du vent et de la pluie.

Ils sont le monotone pas
- Celui qui vient et qui s'en va
Toujours le même et jamais las -
De l'horizon vers l'horizon.
Ils sont l'angoisse et le mystère
Et leurs bâtons sont les battants
Des cloches de misère
Qui sonnent à mort sur la terre.

Aussi, lorsqu'ils tombent enfin,
Séchés de soif, troués de faim,
Et se terrent comme des loups,
Au fond d'un trou,
Ceux qui s'en viennent,
Après les besognes quotidiennes,
Ensevelir à la hâte leur corps
Ont peur de regarder en face
L'éternelle menace
Qui luit sous leur paupière, encor.

Émile VERHAEREN (1855-1916)
(Recueil : Les campagnes hallucinées)

Posté par photoayour à 23:43 - 2.Portraits - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

    Les mendiants, les sans logis, les SDF tous ces pauvres gens dans la rue. Quel monde d'assisté et on ne peut faire tourner un pays avec tout cette assistance qui te laisse juste survivre pour ne pas mourir et qui t'empêche de vivre normalement du fruit de ton travail. C'est état de chose est voulu...c'est dramatique.

    Posté par Auzelles, 28 février 2008 à 23:52
  • Vous avez tout à fait raison, mais vous savez la pire des choses? Au Maroc il n'y a pas d'assistance sociale quelle qu'elle soit pour ces gens, ils sont laissés pour leur compte.

    Posté par PhotoAyour, 28 février 2008 à 23:58
  • Il n'y a que quelques maisons de vieux dont les infrastructures sont en mauvais état et le nombre d'accueil ne dépasse, que souvent, les dizaines.

    Posté par PhotoAyour, 29 février 2008 à 00:04
  • La photo est très bonne, j'aime tout ce bleu.. cet homme penché qui donne à l'autre.. j'aime cette image et le texte qui va bien avec.. même si c'est une triste réalité, c'est un cliché réussi !!

    Posté par Tatiana, 29 février 2008 à 19:13
  • on voi bcp cette phenomene dans les villes marocaine .mais il n'y a pas des solutions prc la pauvreté qui gide les misérables a mendie.

    Posté par yousra, 24 mai 2009 à 16:14
  • felictations

    j'ai la cértitude absolue qu'on a rien à craindre sur le sort de notre chef d'art ahidouss tant qu'on lit de téls articles éssyons seulement de faire savoir que ahidous n'est plus élément de décort n'est plu tableaux folkloriques faisons savoir que c'est un art très estimés par imazighens hassane amessaho présidant de la féfération des associations amazighes

    Posté par mesho el hassane, 09 juin 2009 à 12:13
  • Posté par nini, 22 février 2012 à 13:27
  • j aimerai bien utiliser votre photo comme support d une de mes oeuvres si non je vais la retirer de mon site
    et merci

    Posté par ilkem, 04 mai 2017 à 17:02

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